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VHM - What a Little Moonlight Can Do


Dolphy
Rising Star
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BILLIE HOLIDAY, LA VOIX QUI A FAIT TREMBLER L'AMÉRIQUE... JUSQU'À CE QUE L'AMÉRIQUE LA BROIE (1915-1959)

Une gamine cassée avant même le premier couplet

1915, Philadelphie. Une petite fille naît, Eleanora Fagan. Elle grandit à Baltimore, ballottée entre les maisons de redressement, où elle subit viol et violence. Sa mère se prostitue par intermittence pour survivre. Eleanora finira elle-même par faire pareil, à Harlem, avant d'être arrêtée et de passer quelques mois en prison.

Harlem, la lente ascension

Elle chante dans les clubs de Harlem pendant plusieurs années, dans l'ombre, pour quelques dollars. Ce n'est qu'en 1933 que le producteur John Hammond tombe sur elle par hasard, et n'en revient pas. Il lui organise un enregistrement chez Brunswick, entourée de pointures comme Teddy Wilson et Benny Goodman. "What a Little Moonlight Can Do" cartonne. Lady Day vient de naître, cinq ans après son arrivée à New York, pas du jour au lendemain.

1939, elle chante l'indicible

Elle enregistre "Strange Fruit", poème d'un instituteur juif new-yorkais mis en musique, sur les lynchages de Noirs américains dans le Sud. Un uppercut. Columbia refuse de l'enregistrer, elle va le graver ailleurs, chez Commodore. Le titre la propulse, et déclenche une vraie controverse sur les ondes à cause de son sujet brûlant. Attention cependant : l'idée d'une traque fédérale méthodique déclenchée spécifiquement par ce morceau reste une thèse contestée par plusieurs historiens du jazz, pas un fait établi.

Les années 40, la spirale

Elle épouse le tromboniste Jimmy Monroe, qui l'initie à l'opium puis à la cocaïne. Le couple se sépare, elle rencontre le trompettiste Joe Guy, qui lui fournit cette fois de l'héroïne. 1945, sa mère meurt pendant une tournée. Elle sombre plus profondément.

1947, la prison

Son manager Joe Glaser tente une cure de désintoxication, en vain. Quelques semaines plus tard, elle est arrêtée pour possession de stupéfiants et condamnée à un an de prison.

La sortie triomphale, la porte qui claque quand même

Le 16 mars 1948, elle sort de prison. Onze jours plus tard, elle remplit le Carnegie Hall, ovation debout. Mais elle perd sa carte de travail dans les clubs new-yorkais qui servent de l'alcool. Fini les scènes de sa propre ville.

1956, le livre... à prendre avec des pincettes

Nouvelle arrestation avec son compagnon Louis McKay, nouvelle cure. La même année sort son autobiographie, "Lady Sings the Blues". Sauf que plusieurs historiens du jazz la qualifient aujourd'hui de récit largement reconstitué, assemblé après coup par le journaliste William Dufty à partir de vieilles interviews, plus que d'un vrai témoignage direct fiable.

1957-1958, la voix qui craque, le talent qui résiste

Elle épouse McKay en mars 1957 au Mexique, pour éviter que l'un témoigne contre l'autre dans une affaire de drogue. En février 1958, elle enregistre "Lady in Satin" : voix cassée, rauque, mais habitée comme jamais.

Début 1959, les pertes s'enchaînent

Peu avant son 44e anniversaire, en avril, elle apprend la mort de Lester Young, son partenaire musical le plus fidèle. Un pilier de plus qui s'effondre.

25 mai 1959, le dernier concert

Concert de bienfaisance au Phoenix Theatre à New York. Ses proches, dont son manager, veulent l'hospitaliser sur-le-champ. Elle refuse.

30 mai, l'effondrement

Elle chute chez elle, est admise au Metropolitan Hospital de Harlem. Diagnostic : cirrhose et insuffisance rénale. Traitement à la méthadone. Elle commence, contre toute attente, à remonter la pente.

11 juin, le coup de grâce version flics

Une infirmière découvre de la poudre dans une boîte de mouchoirs près de son lit. Arrestation en pleine chambre d'hôpital. Sa chambre passe sous surveillance policière.

10 juillet, la rechute fatale

Infection rénale, œdème pulmonaire. Son état se dégrade brutalement.

15 juillet, les derniers sacrements

L'Église vient la préparer à partir.

17 juillet 1959, 3h10 du matin, le silence

Billie Holiday meurt à 44 ans. Son unique héritier, Louis McKay, hérite de 1345 dollars et de ses droits d'auteur. Six mois plus tard à peine, ces mêmes droits rapportent déjà 100 000 dollars de royalties sur ses disques, un chiffre qui en dit long sur ce qu'elle n'a jamais touché de son vivant.

L'adieu

Environ 3000 personnes se pressent à ses funérailles, à l'église Saint Paul. Elle est enterrée au cimetière Saint-Raymond, dans le Bronx, aux côtés de sa mère.

 

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