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One Hit Wonder
September 11, 2019

UCPS : Savez-vous quels artistes reçoivent votre argent ?

Après plusieurs mois de travail acharné et de dévouement, nous sommes ravis d’annoncer notre nouvelle initiative !

Deezer a lancé un nouveau site Web pour montrer aux utilisateurs comment on souhaite rendre le streaming plus équitable pour tous en mettant en œuvre un système de paiement centré sur l'utilisateur, UCPS. Notre objectif est de lancer notre nouveau mode de paiement au début de l'année prochaine afin de donner le pouvoir aux abonnés de décider où leur argent ira.

Avec UCPS, vos paiements mensuels vont aux artistes que vous écoutez, plutôt qu'au marché actuel basé sur un système d'actions partagées.

Accédez à notre simulateur sur notre site Web dédié : www.deezer.com/ucps.
Vous pourrez découvrir vos cinq artistes préférés et connaître le montant exact de votre abonnement Deezer qui est versé aux artistes que vous aimez.

Partagez vos questions ci-dessous et participez à la conversation sur les réseaux sociaux avec le hashtag #StreamingEquitable

Ayons un impact dans l'industrie de la musique et rendons le streaming plus équitable pour tout le monde !

72 commentaires

Rising Star
November 17, 2023

Merci beaucoup pour les liens et les explications.

metelkovamesto
Hitmaker
Hitmaker
February 10, 2024

Pour ceux que ça intéresse, je recommande l’écoute de cette émission de France Culture diffusée aujourd’hui dans laquelle un officiel de chez Deezer s’exprime entre autres sur ce sujet du changement de modèle ‘market-centric’ (pot commun, le modèle généralement appliqué) / ‘user-centric’ (le modèle vertueux que Deezer n’a pas réussi à faire accepter par les majors) / ‘artist-centric’ (le modèle de compromis qu’ils ont finalement trouvé, sur lequel il donne dans cette interview quelques détails supplémentaires intéressants).
Le passage qui concerne ce sujet en particulier se situe plutôt dans le dernier tiers de l’émission (où il est par ailleurs question des plans de Deezer pour espérer devenir rentable en 2025, de la nouvelle taxe streaming, etc.):
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-meilleur-des-mondes/spotify-deezer-les-nouveaux-defis-du-streaming-musical-2533873

Rising Star
February 10, 2024

Apple Music le fait aussi depuis un moment ils renumerent les artistes en fonction du nombre d’écoute. 0,00009 cent un truc comme ça et ils l’ont fait bien avant Deezer 

Lu M Watson
Super User
Super User
May 14, 2024

Merci @metelkovamesto pour tous ces détails, j’avais complètement loupé ta réponse !

Comme toi, je suis très mitigée par ce revirement/compromis de l’UCPS vers  l’ACPS, effectué en douce et de préférence sans vraiment communiquer dessus… Où est passée la transparence inhérente à l’UCPS ?

Je m’en suis rendue compte en essayant de retourner sur le lien mentionné tout en haut de ce topic qui décryptait comment notre abonnement était redistribué, quelle surprise de tomber sur une page d’informations sur un tout autre système !

Effectivement, on dirait bien que les grosses major ont gentiment posé leurs valises chez Deezer, bye bye Jeronimo Folgueira et bonjour le nouveau CEO par intérim tout droit sorti de chez… Warner ! Ca alors… Et ça ne devrait pas bouger considérant les chiffres réalisés sur le premier trimestre de 2024, ils doivent se féliciter de cette nouvelle stratégie.

Concernant le seuil de 1000 écoutes et 500 utilisateurs uniques par mois, l’ex-CEO le défendait ainsi : 
“If an artist doesn’t get to 1,000 streams and 500 listeners a month, they cannot make a living regardless of what the payout of the model is. So you’re not technically a professional. And any up-and-coming artist that is rising up gets to those levels pretty quickly.”

Ca reste toujours contradictoire avec les chiffres énoncés en 2023, soit 2% des artistes présents sur Deezer qui atteignaient ce seuil… Et un poil condescendant, puisque selon lui ce seuil est facile à atteindre si l’on est un.e artiste prometteur.euse 🤡

 

(Elle/elle) 🐍 Mood: I'm afraid - Charli XCX
metelkovamesto
Hitmaker
Hitmaker
July 15, 2024

@Lu M Watson Moi non plus je n’ai pas du tout été notifiée de ta dernière réponse d’il y a un mois (alors que j’étais pourtant taggée dedans), c’est étrange…

Je la découvre donc juste maintenant alors que je venais ici pour partager de nouveaux documents complémentaires sur ce sujet, car moi aussi j’ai remarqué récemment (par hasard également) que Deezer affiche désormais officiellement son nouveau système « Artist-Centric » (ACPS) comme étant son nouveau modèle de rémunération des artistes :
https://www.deezer.com/explore/fr/artist-remuneration/

De ce nouvel affichage, j’en déduis donc que l’ACPS ne serait maintenant plus seulement en phase de test (entrée en vigueur en Octobre 2023, en France uniquement d’après ce que j’avais pu lire alors), mais que ce nouveau modèle serait désormais bel et bien adopté définitivement ? (je mets ici un point d’interrogation car il vaut mieux rester prudent quand même, si on se souvient de l’affichage précédent qui présentait fièrement le projet d’UCPS de façon assez trompeuse en laissant à croire qu’il serait presque sur le point de pouvoir être appliqué, alors qu’en fait ça n’a jamais été le cas, donc là oui l’ACPS est bien appliqué depuis Octobre 2023 semble-t-il, mais sans qu’on sache vraiment quand est-ce que la période d’évaluation devait prendre fin ni si les grosses majors avaient ou ont encore éventuellement la possibilité ou non de décider finalement à l’issue de cette phase de test que bah en fait non ça ne leur convient pas…).

En cherchant un peu pour voir si il y avait eu une annonce à ce sujet, j’ai juste trouvé aussi une autre communication officielle de Deezer datée de fin Octobre 2023, annonçant le lancement d’une étude conjointe de Deezer avec la Sacem pour étudier l’impact de ce nouveau modèle sur la redistribution des droits d’auteur :
https://newsroom-deezer.com/fr/2023/10/deezer-et-la-sacem-etudient-limpact-du-modele-artist-centric-pour-les-droits-dauteur/

Dans la seconde partie de cette communication, il y a un résumé fort clair des différents points qui composent le nouveau modèle ACPS, donnant notamment quelques précisions supplémentaires sur un élément-clé jusqu’à présent peu évoqué : le plafonnement du poids relatif de chaque utilisateur à 1000 streams par mois, qui est en fait la seule trace qui reste ici de l’ancien projet d’UCPS.
Pour plus de clarté de lecture, je joins ici les citations tirées des deux liens ci-dessus concernant ce point précis, car c’est le seul point qui est présenté de façon légèrement différente entre les deux versions, donc ça mérite quelques commentaires et explications (que je tenterais de donner ensuite) :

« Rééquilibrer la monétisation
À partir des paiements des utilisateur·ices, un pot commun est formé. Ce pot est redistribué équitablement aux artistes (via leurs distributeurs) en fonction du nombre de streams par utilisateur·ices. À savoir que la participation de chaque utilisateur·ice est plafonnée à 1000 streams par mois maximum (en moyenne un·e utilisateur·ice streame 600 fois). »


« Approche centrée sur l’utilisateur (User-Centric) – Outre les points précédemment mentionnés, ce nouveau modèle reprend un élément du User-Centric, avec un plafond de monétisation de 1 000 streams par utilisateur et par mois. Cela signifie que la contribution de chaque utilisateur est comptabilisée comme 1000 streams, quel que soit le montant réel. De cette manière, les droits générés sont partagés plus équitablement entre les artistes que l’utilisateur écoute chaque mois et les comportements frauduleux sont découragés. »

C’est assez complexe à comprendre quand on n’a pas l’esprit matheux (j’en conviens), mais le représentant de Deezer l’avait expliqué encore mieux (bien que succinctement) vers la fin de l’interview sur France Culture dont j’avais déjà donné le lien ci-dessus il y a quelques mois. Il disait notamment de façon très intéressante que ce plafonnement (fictif) du poids de chaque utilisateur à 1000 streams, c’était une première étape (la seule qu’ils ont pu faire accepter aux majors pour l’instant), mais que dans l’absolu Deezer espérerait pouvoir ensuite faire baisser ce plafond progressivement, et que si un jour on pouvait arriver à le ramener à 1, en fait ça équivaudrait alors à l’UCPS.

Pour l’instant cependant on en est encore loin, et ce nouveau modèle ACPS teinté d’une touche d’UCPS n’abolit pas le système du pot commun, malheureusement (les recettes tirées des abonnements et pubs de tous les utilisateurs sont toujours versées dans un grand pot commun, il n’y a donc toujours pas de fléchage direct des revenus de chaque utilisateur vers les artistes qu’il écoute personnellement comme ça aurait été le cas idéalement dans le modèle « User-Centric » pur et dur). Mais ce mécanisme de plafonnement du poids de chaque utilisateur vise au moins à atténuer un peu la sur-représentation des goûts musicaux de certains types d’utilisateurs, et donc la mainmise de certains genres musicaux sur le pactole commun, qui avait lieu jusqu’à présent au détriment des autres. Pour comprendre cela il faut bien garder en tête la situation initiale dont on part, à savoir le modèle du pot commun sans correctif (aussi appelé « Market-Centric »), où la répartition des revenus se fait en fonction des parts de marché des artistes en nombre de streams au niveau global. Le problème avec ce système, concrètement, c’est que non seulement les gens qui écoutent du rap ou de la pop mainstream sont beaucoup plus nombreux sur la plateforme que ceux écoutent du classique ou du jazz par exemple, mais ils sont aussi généralement beaucoup plus jeunes et ont des pratiques d’écoute plus intensives (ils streament en moyenne davantage, et les ados typiquement ont beaucoup plus tendance à streamer en boucle la même chanson), donc leurs artistes engrangent beaucoup plus de streams et raflent la mise financièrement. Cela peut sembler normal aux yeux de leurs fans, mais si on se place du point de vue des artistes et auditeurs d’autres genres musicaux, c’est profondément injuste, car en fait c’est comme si lorsque j’allais voir un petit film d’auteur indé au cinéma, la quasi-totalité de la recette tirée de mon ticket de cinéma était en fait reversée au gros blockbuster qui passe dans la salle d’à côté (via un pot commun), lequel fait évidemment beaucoup plus d’entrées au niveau global, y compris grâce à des ados qui sont retournés voir ce même blockbuster 3 fois dans la semaine. Si j’ai bien compris, le plafonnement du poids de chaque utilisateur à 1000 streams par mois, c’est fait justement pour limiter cet effet-là.

(Si jamais je me trompe ce serait bien que les community managers rectifient, mais comme ils ne le font pas et n’ont plus répondu ni communiqué sur ce sujet depuis très longtemps, alors je continue ici mes efforts de pédagogie, en tentant de reformuler le plus clairement possible ce que moi je pense avoir compris de ce sujet pour le moins complexe).

Toujours dans ce même effort de pédagogie, je voudrais bien re-préciser ici qu’il ne faut surtout pas confondre ce nouveau plafonnement (fictif) à 1000 streams par mois par utilisateur d’une part (le zest d’UCPS dans l’ACPS), avec d’autre part cet autre nouveau seuil de 1000 streams et 500 auditeurs uniques mensuels nécessaires pour obtenir la qualification d’« artiste professionnel » ouvrant droit à un « boost ». Ce sont deux mécanismes différents, et qui par certains aspects me semble-t-il risquent même un peu de se contredire et s’annuler l’un l’autre (c’est là qu’on voit bien que ce système est le fruit d’un compromis) :
- Le plafonnement par utilisateur permet d’atténuer les effets de la fraude (un bot qui streame 5000 fois le même morceau ne sera comptabilisé que 1000 fois), mais dans le même temps le seuil de streams requis pour avoir droit au boost est un peu un pousse-au-crime risquant d’inciter certains petits artistes à avoir justement recours aux faux streams pour pouvoir l’atteindre (bien que le fait que ce soit couplé à un nombre d’utilisateurs uniques rende la manœuvre plus compliquée, mais je ne doute pas que les arnaqueurs sauront s’adapter en multipliant leur nombre de bots).
- De même, le plafonnement par utilisateur devrait en principe permettre de mieux rémunérer les genres musicaux minoritaires, mais dans le même temps le seuil pour avoir droit au boost défavorise les artistes de ces mêmes genres minoritaires où il est plus difficile de pouvoir l’atteindre. Donc je reste assez circonspecte sur la capacité globale de ce système à pouvoir tenir pleinement ses promesses de rééquilibrage, vu cette contradiction interne.

Néanmoins, ce « boost » ou « double bonus » réservé aux artistes dits « professionnels » est l’une des autres mesures-phares du nouveau modèle ACPS, d’où il tire même son nom apparemment (belle trouvaille marketing d’ailleurs que ce terme « Artist-Centric »). Il se présente ainsi :

« Se focaliser sur les artistes – Deezer attribuera un double bonus aux “artistes professionnels” (qui ont au minimum 1 000 streams par mois avec au moins 500 auditeurs uniques), afin de les rémunérer plus équitablement pour la qualité et l’engagement qu’ils apportent sur la plateforme et pour les fans. »

Ce boost double la valeur de chaque stream des artistes qui en bénéficient (du moins ça c’est la façon très positive qu’a Deezer de présenter la chose, « un stream = deux »), mais on peut aussi bien dire que ça démonétise de moitié tous les streams des petits artistes qui n’ont pas la chance de pouvoir en bénéficier, comparé aux autres (ça c’est la dure réalité mathématique, car selon le côté où on se trouve on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein, mais c’est bien la même chose). D’autant plus que (bien que je n’aie rien lu ni entendu là-dessus nulle part, c’est une hypothèse personnelle que j’avance ici), je suppose que dans le souci de maintenir l’équilibre financier de Deezer (qui ne va sans doute pas sortir cette rallonge magiquement de sa poche), pour pouvoir donner ces boosts d’un côté, Deezer a probablement dû diminuer dans le même temps la rémunération de référence de base pour un stream standard (sinon je ne vois pas trop d’où sortirait cet argent). Donc si on y réfléchit bien (sans se laisser bercer par le discours très habile de Deezer sur ce coup-là), je pense qu’en vérité c’est plus ou moins la même logique qui s’applique ici que celle qui a conduit à la démonétisation totale des petits streams sur Spotify (je reviendrai là-dessus plus loin). Et en effet c’est très certainement les grosses majors qui ont poussé voire imposé cette mesure, qui profite à coup sûr à leurs gros artistes, mais qui peut profiter aussi aux artistes intermédiaires (typiquement le petit groupe de rock indé qui a quelques milliers de fans, par exemple, qui verra sans doute ses revenus augmenter grâce à ce boost), donc ça peut satisfaire aussi certains labels indépendants.

La justification avancée dans les propos de l’ex-CEO de Deezer (rapportés ci-dessus par @Lu M Watson), comme quoi les artistes n’atteignant pas ce seuil de 1000 streams et 500 auditeurs uniques mensuels ne peuvent de toute façon pas vivre financièrement de leur musique et ne sont donc pas de vrais artistes professionnels, ça reflète bien le mode de pensée des businessmen des grosses majors pour qui un artiste doit forcément être rentable pour être digne d’intérêt… Triste mentalité.
Alors certes (pour me faire ici un instant l’avocat du diable), j’aurais moi-même bien du mal je l’admets à qualifier d’« artistes professionnels » tous les jeunes aspirants rappeurs en herbe qui bricolent des morceaux dans leur chambre sur un petit logiciel de création musicale et qui les mettent librement sur les plateformes de streaming (en devant juste passer par un distributeur, ce qui n’est pas un obstacle car il en existe pleins accessibles à tous en quelques clics), sans être signés du tout sur un label, ni sans être passés par aucun autre processus de validation artistique. Il me semble qu’il y a quelques années en arrière, ceux qui n’en sont encore qu’à ce stade embryonnaire de leur développement musical uploadaient plutôt leurs morceaux en libre accès sur Soundcloud et YouTube, où ils pouvaient espérer se faire repérer et commencer à se constituer une petite fanbase, et que les plateformes comme Deezer et Spotify avaient un côté plus « officiel » qui apparaissait comme étant l’étape suivante, à laquelle ils accédaient seulement une fois que leur musique sortait sur un label par exemple (du moins c’est l’impression que j’avais). Mais depuis tout s’est brouillé, et les plateformes croulent aujourd’hui sous une avalanche de contenus non vérifiés (en plus de la production musicale officielle qui est elle-même surabondante), donc elles souhaitent se doter de nouveaux critères leur permettant de faire un peu le tri dans tout ça, ce que je peux parfaitement comprendre et même approuver dans une certaine mesure. Sauf que je n’approuve pas le critère retenu ici, purement quantitatif.

Car (je prêche maintenant pour ma paroisse), personnellement la plupart des artistes que j’écoute sont très loin de pouvoir atteindre ce seuil de 1000 streams et 500 auditeurs uniques mensuels. Pourtant ce sont bien de vrais musiciens et compositeurs, mais qui font une musique pas commerciale ni grand-public pour un sou, qui se situe plutôt à la marge de genres musicaux déjà minoritaires dans la société actuelle en général, et encore d’autant plus minoritaires parmi l’audience démographique de Deezer. Des artistes qui font par exemple de la musique classique contemporaine expérimentale, ne correspondant pas aux playlists easy-listening du type « piano calme pour se détendre », ou d’autres qui jouent un répertoire mêlant musique très ancienne et contemporaine en mettant en avant les sonorités d’instruments traditionnels folkloriques polonais ou arméniens ou ce genre de choses (pour donner juste ici quelques exemples concrets du genre de musiques que je peux écouter et qui sont complètement dans l’angle mort de ceux qui ont pensé ce critère de « professionnalité »). Ces artistes sont souvent reconnus par leurs pairs et sont parfois même soutenus financièrement par certaines institutions culturelles de leurs pays qui supportent ce genre de musiques non-rentables, mais si ils arrivent à avoir ne serait-ce que quelques dizaines de fans sur Deezer, c’est déjà un exploit (il y a parfois certains albums que je suis carrément la seule à écouter) !

Donc personnellement je ne peux pas approuver ce premier critère de boost. Par contre à première vue j’étais plutôt très favorable en revanche au second critère, qui donne un boost aux écoutes résultant d’une recherche active de l’utilisateur, par opposition aux écoutes passives de playlists algorithmiques. Ça me semblait être une très bonne idée, sauf que maintenant à y regarder de plus près (le diable étant toujours dans les détails), j’ai comme un doute. Un gros doute. Je relis la présentation de ce critère dans les deux documents officiels de Deezer dont j’ai mis les liens au début de ce post, et je vois ceci :

« Les artistes sont rémunéré·es en fonction de la manière dont les utilisateur·ices écoutent leur musique. Ils·elles bénéficient directement d'un boost lorsque leurs chansons sont activement recherchées par leurs fans ou découvertes dans une playlist Deezer (non proposées par un algorithme). »

« Récompenser les contenus engageants – en attribuant un double bonus additionnel aux chansons qui génèrent un engagement actif des fans réduisant ainsi l’influence économique de la programmation algorithmique. »

Dans les deux versions, ça ne parle que « chansons » recherchées par les utilisateurs. J’espère que c’est là un simple raccourci de langage, car si ce boost ne fonctionne réellement que lorsqu’on recherche une chanson uniquement, c’est extrêmement restrictif, et ça va encore et toujours favoriser le même type d’utilisateurs et de contenus (typiquement les ados qui cherchent une chanson après en avoir découvert un extrait sur TikTok, ou des chansons entendues à la radio ou dans une série par exemple).
Personnellement j’écoute toujours des albums entiers, donc je ne cherche quasiment jamais une chanson particulière via le moteur de recherche, je cherche un album ou juste le nom de l’artiste puis j’accède à l’album voulu depuis sa page artiste (sans compter qu’il y a pas mal de problèmes dans le référencement de la musique classique sur Deezer, donc je dois parfois passer par des chemins détournés pour pouvoir arriver à trouver ce que je cherche), et si tout ça ne compte pas du tout comme recherche active, alors c’est franchement désespérant. Et quid des albums que je réécoute depuis ma bibliothèque car je les ai déjà aimés et mis en favoris, n’est-ce pas là aussi une belle preuve d’engagement actif ? Je voudrais vraiment avoir des précisions de Deezer sur ce critère, savoir plus concrètement dans quels cas de figure ce boost s’applique ou non.

Je ne comprends pas tellement non plus en quoi la découverte d’une chanson dans une playlist éditoriale de Deezer témoignerait d’un plus grand engagement de l’utilisateur comparé à sa découverte dans une playlist algorithmique basée sur ses favoris, mais par contre je vois bien en quoi ça donne aux équipes éditoriales de Deezer le pouvoir non seulement de donner de la visibilité mais aussi désormais celui de donner un boost financier direct aux artistes et labels qu’ils choisissent de mettre en avant. Mais bon pourquoi pas, après tout il y a beaucoup de gens qui ne savent pas trop quoi écouter et qui sont en attente de ce rôle prescriptif, et pour une fois qu’on a un discours qui privilégie les recommandations humaines plutôt que les recommandations algorithmiques, je ne vais certainement pas m’en plaindre (bien que je ne sache pas dans quelle mesure les choix éditoriaux de Deezer sont vraiment indépendants ou non, ou si ça peut se monétiser avec les labels).

Les deux autres mesures restantes qui complètent le nouveau modèle ACPS n’appellent pas de questions, explications, ni objections particulières, donc je serais bien plus brève :
- Lutter contre la fraude : évidemment qu’il faut le faire de toute urgence et par tous les moyens, car les faux streams sont un fléau qui ces dernières années a pris des proportions considérables.
- Démonétiser les « contenus non-musicaux » : c’est légitime aussi, à condition toutefois que l’élimination de ces contenus soit faite par Deezer avec discernement et n’affecte pas les vrais artistes de musique « ambient » et de « field-recording », qui existent par ailleurs (ce sont même des genres musicaux à part entières), et qui n’ont rien à voir avec les arnaqueurs qui inondent les plateformes de contenus génériques en espérant se faire du fric sur les playlists fonctionnelles du type « bruit blanc pour endormir bébé » ou ce genre de choses (fléau contre lequel il faut lutter maintenant, mais qui soit dit en passant n’existerait pas si les plateformes n’avaient pas elles-mêmes favorisé l’essor de ces playlists en premier lieu).

Ce post est déjà beaucoup trop long, mais pour terminer, à titre comparatif, je recommande à ceux que ce sujet intéresse de lire aussi ce document officiel de Spotify, détaillant (de façon beaucoup plus complète et explicative que Deezer, on aurait aimé avoir la même chose) les changements apportés aussi récemment à son propre système de paiement (changements annoncés fin 2023, et entrés en vigueur le 1 Avril 2024). C’est intéressant à lire, car on voit que les objectifs recherchés sont en bonne partie les mêmes que ceux de Deezer, mais les moyens retenus pour y parvenir sont différents :
https://artists.spotify.com/blog/modernizing-our-royalty-system

La plus grosse différence cependant, c’est que contrairement à Deezer qui a depuis longtemps souhaité remettre en cause le système du pot commun (plaidant d’abord pendant des années pour l’UCPS, puis se rabattant finalement sur l’ACPS), Spotify au contraire a toujours défendu bec et ongles ce système, arguant pendant longtemps que la seule chose qui comptait c’était de faire grossir la taille globale du gâteau, et que quand il y aurait plus d’abonnés le gâteau serait plus gros et donc tout le monde en profiterait, même les petits artistes ne touchant que des miettes car alors même ces miettes seraient plus grosses aussi. Du moins ça c’était le discours que Spotify tenait avant pour tenter de rassurer les petits artistes, mais maintenant finalement tout ça c’est fini, leur nouveau discours au contraire c’est que finalement toutes ces miettes qui se dispersent c’est du gâchis, et qu’il vaut mieux les ramasser pour aller les mettre dans l’assiette des gros artistes qui se goinfraient déjà des plus grosses parts du gâteau et qui ont certainement bien besoin encore d’un peu de rab’ ! En clair, désormais tous les morceaux qui ont moins de 1000 streams par an sur Spotify ne reçoivent plus aucune rémunération. Démonétisation totale, point barre (je me demande même comment c’est possible de faire ça légalement, mais en tout cas ils l’ont fait). Leur justification : ces morceaux généraient des micro-rémunérations tellement ridiculement faibles que de toute façon elles se perdaient dans les rouages du système et n’arrivaient même pas jusqu’à la poche des artistes. Certes (comme je l’avait déjà dit dans un post précédent lorsque cette mesure inique avait été annoncée), effectivement ça ne changera pas grand-chose concrètement pour tous ces petits artistes qui chacun individuellement n’avaient droit qu’à des fractions de centimes, sauf que si on additionne toutes ces fractions de centimes éparpillées au total ça fait un bien beau pactole que Spotify estime à environ 40 millions de dollars par an ! 40 millions de dollars de droits générés par les streams d’un nombre incalculable de petits artistes qui en seront spoliés et ne les toucheront pas = 40 millions de dollars supplémentaires qui seront remis dans le pot commun pour être redistribués entre les gros, très gros et moyens gros artistes qui se partagent le gâteau désormais exclusivement entre eux. Prendre aux pauvres pour donner aux riches, c’est Robin des Bois à l’envers !

Deezer heureusement n’a pas le même degré de cynisme, mais c’est quand même en ayant cette comparaison en tête que je parlais plus haut à propos de Deezer aussi d’une démonétisation partielle des petits streams d’un côté pour pouvoir donner des boosts d’un autre côté, car même si Deezer ne va pas du tout aussi loin dans le mépris des petits artistes et ne présente pas les choses de la même façon, je pense quand même qu’en fait c’est plus ou moins la même logique de vases communicants qui est à l’œuvre dans les deux cas avec ces mesures de réorientation des revenus vers les artistes considérés par les plateformes comme étant vraiment « professionnels » qui seraient les seuls méritant que leur musique soit rémunérée correctement.

Voilà, je voulais juste mentionner ça en conclusion pour dire aussi que, malgré toutes les doutes et réserves que j’ai pu émettre ici sur le nouveau modèle ACPS de Deezer (forcément décevant quand on a espéré et attendu la mise en place de l’UCPS pendant des années), au final je me réjouis et me félicite quand même fortement que Deezer lui au moins continue d’essayer d’aller dans la bonne direction, et ait pu faire passer au moins un petit zest d’UCPS dans son nouveau modèle.

jerome opus2
Rockstar
Rockstar
July 15, 2024

Je relis le sujet initial, le lien vers le simulateur... ne mène pas au simulateur...

Besoin d'une réponse rapide? https://support.deezer.com/hc/fr/articles/115003864625-Contacter-Deezer ^_^ lui/lui, mais chacun doit rester libre de ses envies et de ses choix.... C'est mon opinion, et je la partage ^^
Tguillaume
Rockstar
Rockstar
July 15, 2024

@Lu M Watson Moi non plus je n’ai pas du tout été notifiée de ta dernière réponse d’il y a un mois (alors que j’étais pourtant taggée dedans), c’est étrange…

Je la découvre donc juste maintenant alors que je venais ici pour partager de nouveaux documents complémentaires sur ce sujet, car moi aussi j’ai remarqué récemment (par hasard également) que Deezer affiche désormais officiellement son nouveau système « Artist-Centric » (ACPS) comme étant son nouveau modèle de rémunération des artistes :
https://www.deezer.com/explore/fr/artist-remuneration/

De ce nouvel affichage, j’en déduis donc que l’ACPS ne serait maintenant plus seulement en phase de test (entrée en vigueur en Octobre 2023, en France uniquement d’après ce que j’avais pu lire alors), mais que ce nouveau modèle serait désormais bel et bien adopté définitivement ? (je mets ici un point d’interrogation car il vaut mieux rester prudent quand même, si on se souvient de l’affichage précédent qui présentait fièrement le projet d’UCPS de façon assez trompeuse en laissant à croire qu’il serait presque sur le point de pouvoir être appliqué, alors qu’en fait ça n’a jamais été le cas, donc là oui l’ACPS est bien appliqué depuis Octobre 2023 semble-t-il, mais sans qu’on sache vraiment quand est-ce que la période d’évaluation devait prendre fin ni si les grosses majors avaient ou ont encore éventuellement la possibilité ou non de décider finalement à l’issue de cette phase de test que bah en fait non ça ne leur convient pas…).

En cherchant un peu pour voir si il y avait eu une annonce à ce sujet, j’ai juste trouvé aussi une autre communication officielle de Deezer datée de fin Octobre 2023, annonçant le lancement d’une étude conjointe de Deezer avec la Sacem pour étudier l’impact de ce nouveau modèle sur la redistribution des droits d’auteur :
https://newsroom-deezer.com/fr/2023/10/deezer-et-la-sacem-etudient-limpact-du-modele-artist-centric-pour-les-droits-dauteur/

Dans la seconde partie de cette communication, il y a un résumé fort clair des différents points qui composent le nouveau modèle ACPS, donnant notamment quelques précisions supplémentaires sur un élément-clé jusqu’à présent peu évoqué : le plafonnement du poids relatif de chaque utilisateur à 1000 streams par mois, qui est en fait la seule trace qui reste ici de l’ancien projet d’UCPS.
Pour plus de clarté de lecture, je joins ici les citations tirées des deux liens ci-dessus concernant ce point précis, car c’est le seul point qui est présenté de façon légèrement différente entre les deux versions, donc ça mérite quelques commentaires et explications (que je tenterais de donner ensuite) :

« Rééquilibrer la monétisation
À partir des paiements des utilisateur·ices, un pot commun est formé. Ce pot est redistribué équitablement aux artistes (via leurs distributeurs) en fonction du nombre de streams par utilisateur·ices. À savoir que la participation de chaque utilisateur·ice est plafonnée à 1000 streams par mois maximum (en moyenne un·e utilisateur·ice streame 600 fois). »


« Approche centrée sur l’utilisateur (User-Centric) – Outre les points précédemment mentionnés, ce nouveau modèle reprend un élément du User-Centric, avec un plafond de monétisation de 1 000 streams par utilisateur et par mois. Cela signifie que la contribution de chaque utilisateur est comptabilisée comme 1000 streams, quel que soit le montant réel. De cette manière, les droits générés sont partagés plus équitablement entre les artistes que l’utilisateur écoute chaque mois et les comportements frauduleux sont découragés. »

C’est assez complexe à comprendre quand on n’a pas l’esprit matheux (j’en conviens), mais le représentant de Deezer l’avait expliqué encore mieux (bien que succinctement) vers la fin de l’interview sur France Culture dont j’avais déjà donné le lien ci-dessus il y a quelques mois. Il disait notamment de façon très intéressante que ce plafonnement (fictif) du poids de chaque utilisateur à 1000 streams, c’était une première étape (la seule qu’ils ont pu faire accepter aux majors pour l’instant), mais que dans l’absolu Deezer espérerait pouvoir ensuite faire baisser ce plafond progressivement, et que si un jour on pouvait arriver à le ramener à 1, en fait ça équivaudrait alors à l’UCPS.

Pour l’instant cependant on en est encore loin, et ce nouveau modèle ACPS teinté d’une touche d’UCPS n’abolit pas le système du pot commun, malheureusement (les recettes tirées des abonnements et pubs de tous les utilisateurs sont toujours versées dans un grand pot commun, il n’y a donc toujours pas de fléchage direct des revenus de chaque utilisateur vers les artistes qu’il écoute personnellement comme ça aurait été le cas idéalement dans le modèle « User-Centric » pur et dur). Mais ce mécanisme de plafonnement du poids de chaque utilisateur vise au moins à atténuer un peu la sur-représentation des goûts musicaux de certains types d’utilisateurs, et donc la mainmise de certains genres musicaux sur le pactole commun, qui avait lieu jusqu’à présent au détriment des autres. Pour comprendre cela il faut bien garder en tête la situation initiale dont on part, à savoir le modèle du pot commun sans correctif (aussi appelé « Market-Centric »), où la répartition des revenus se fait en fonction des parts de marché des artistes en nombre de streams au niveau global. Le problème avec ce système, concrètement, c’est que non seulement les gens qui écoutent du rap ou de la pop mainstream sont beaucoup plus nombreux sur la plateforme que ceux écoutent du classique ou du jazz par exemple, mais ils sont aussi généralement beaucoup plus jeunes et ont des pratiques d’écoute plus intensives (ils streament en moyenne davantage, et les ados typiquement ont beaucoup plus tendance à streamer en boucle la même chanson), donc leurs artistes engrangent beaucoup plus de streams et raflent la mise financièrement. Cela peut sembler normal aux yeux de leurs fans, mais si on se place du point de vue des artistes et auditeurs d’autres genres musicaux, c’est profondément injuste, car en fait c’est comme si lorsque j’allais voir un petit film d’auteur indé au cinéma, la quasi-totalité de la recette tirée de mon ticket de cinéma était en fait reversée au gros blockbuster qui passe dans la salle d’à côté (via un pot commun), lequel fait évidemment beaucoup plus d’entrées au niveau global, y compris grâce à des ados qui sont retournés voir ce même blockbuster 3 fois dans la semaine. Si j’ai bien compris, le plafonnement du poids de chaque utilisateur à 1000 streams par mois, c’est fait justement pour limiter cet effet-là.

(Si jamais je me trompe ce serait bien que les community managers rectifient, mais comme ils ne le font pas et n’ont plus répondu ni communiqué sur ce sujet depuis très longtemps, alors je continue ici mes efforts de pédagogie, en tentant de reformuler le plus clairement possible ce que moi je pense avoir compris de ce sujet pour le moins complexe).

Toujours dans ce même effort de pédagogie, je voudrais bien re-préciser ici qu’il ne faut surtout pas confondre ce nouveau plafonnement (fictif) à 1000 streams par mois par utilisateur d’une part (le zest d’UCPS dans l’ACPS), avec d’autre part cet autre nouveau seuil de 1000 streams et 500 auditeurs uniques mensuels nécessaires pour obtenir la qualification d’« artiste professionnel » ouvrant droit à un « boost ». Ce sont deux mécanismes différents, et qui par certains aspects me semble-t-il risquent même un peu de se contredire et s’annuler l’un l’autre (c’est là qu’on voit bien que ce système est le fruit d’un compromis) :
- Le plafonnement par utilisateur permet d’atténuer les effets de la fraude (un bot qui streame 5000 fois le même morceau ne sera comptabilisé que 1000 fois), mais dans le même temps le seuil de streams requis pour avoir droit au boost est un peu un pousse-au-crime risquant d’inciter certains petits artistes à avoir justement recours aux faux streams pour pouvoir l’atteindre (bien que le fait que ce soit couplé à un nombre d’utilisateurs uniques rende la manœuvre plus compliquée, mais je ne doute pas que les arnaqueurs sauront s’adapter en multipliant leur nombre de bots).
- De même, le plafonnement par utilisateur devrait en principe permettre de mieux rémunérer les genres musicaux minoritaires, mais dans le même temps le seuil pour avoir droit au boost défavorise les artistes de ces mêmes genres minoritaires où il est plus difficile de pouvoir l’atteindre. Donc je reste assez circonspecte sur la capacité globale de ce système à pouvoir tenir pleinement ses promesses de rééquilibrage, vu cette contradiction interne.

Néanmoins, ce « boost » ou « double bonus » réservé aux artistes dits « professionnels » est l’une des autres mesures-phares du nouveau modèle ACPS, d’où il tire même son nom apparemment (belle trouvaille marketing d’ailleurs que ce terme « Artist-Centric »). Il se présente ainsi :

« Se focaliser sur les artistes – Deezer attribuera un double bonus aux “artistes professionnels” (qui ont au minimum 1 000 streams par mois avec au moins 500 auditeurs uniques), afin de les rémunérer plus équitablement pour la qualité et l’engagement qu’ils apportent sur la plateforme et pour les fans. »

Ce boost double la valeur de chaque stream des artistes qui en bénéficient (du moins ça c’est la façon très positive qu’a Deezer de présenter la chose, « un stream = deux »), mais on peut aussi bien dire que ça démonétise de moitié tous les streams des petits artistes qui n’ont pas la chance de pouvoir en bénéficier, comparé aux autres (ça c’est la dure réalité mathématique, car selon le côté où on se trouve on voit le verre à moitié vide ou à moitié plein, mais c’est bien la même chose). D’autant plus que (bien que je n’aie rien lu ni entendu là-dessus nulle part, c’est une hypothèse personnelle que j’avance ici), je suppose que dans le souci de maintenir l’équilibre financier de Deezer (qui ne va sans doute pas sortir cette rallonge magiquement de sa poche), pour pouvoir donner ces boosts d’un côté, Deezer a probablement dû diminuer dans le même temps la rémunération de référence de base pour un stream standard (sinon je ne vois pas trop d’où sortirait cet argent). Donc si on y réfléchit bien (sans se laisser bercer par le discours très habile de Deezer sur ce coup-là), je pense qu’en vérité c’est plus ou moins la même logique qui s’applique ici que celle qui a conduit à la démonétisation totale des petits streams sur Spotify (je reviendrai là-dessus plus loin). Et en effet c’est très certainement les grosses majors qui ont poussé voire imposé cette mesure, qui profite à coup sûr à leurs gros artistes, mais qui peut profiter aussi aux artistes intermédiaires (typiquement le petit groupe de rock indé qui a quelques milliers de fans, par exemple, qui verra sans doute ses revenus augmenter grâce à ce boost), donc ça peut satisfaire aussi certains labels indépendants.

La justification avancée dans les propos de l’ex-CEO de Deezer (rapportés ci-dessus par @Lu M Watson), comme quoi les artistes n’atteignant pas ce seuil de 1000 streams et 500 auditeurs uniques mensuels ne peuvent de toute façon pas vivre financièrement de leur musique et ne sont donc pas de vrais artistes professionnels, ça reflète bien le mode de pensée des businessmen des grosses majors pour qui un artiste doit forcément être rentable pour être digne d’intérêt… Triste mentalité.
Alors certes (pour me faire ici un instant l’avocat du diable), j’aurais moi-même bien du mal je l’admets à qualifier d’« artistes professionnels » tous les jeunes aspirants rappeurs en herbe qui bricolent des morceaux dans leur chambre sur un petit logiciel de création musicale et qui les mettent librement sur les plateformes de streaming (en devant juste passer par un distributeur, ce qui n’est pas un obstacle car il en existe pleins accessibles à tous en quelques clics), sans être signés du tout sur un label, ni sans être passés par aucun autre processus de validation artistique. Il me semble qu’il y a quelques années en arrière, ceux qui n’en sont encore qu’à ce stade embryonnaire de leur développement musical uploadaient plutôt leurs morceaux en libre accès sur Soundcloud et YouTube, où ils pouvaient espérer se faire repérer et commencer à se constituer une petite fanbase, et que les plateformes comme Deezer et Spotify avaient un côté plus « officiel » qui apparaissait comme étant l’étape suivante, à laquelle ils accédaient seulement une fois que leur musique sortait sur un label par exemple (du moins c’est l’impression que j’avais). Mais depuis tout s’est brouillé, et les plateformes croulent aujourd’hui sous une avalanche de contenus non vérifiés (en plus de la production musicale officielle qui est elle-même surabondante), donc elles souhaitent se doter de nouveaux critères leur permettant de faire un peu le tri dans tout ça, ce que je peux parfaitement comprendre et même approuver dans une certaine mesure. Sauf que je n’approuve pas le critère retenu ici, purement quantitatif.

Car (je prêche maintenant pour ma paroisse), personnellement la plupart des artistes que j’écoute sont très loin de pouvoir atteindre ce seuil de 1000 streams et 500 auditeurs uniques mensuels. Pourtant ce sont bien de vrais musiciens et compositeurs, mais qui font une musique pas commerciale ni grand-public pour un sou, qui se situe plutôt à la marge de genres musicaux déjà minoritaires dans la société actuelle en général, et encore d’autant plus minoritaires parmi l’audience démographique de Deezer. Des artistes qui font par exemple de la musique classique contemporaine expérimentale, ne correspondant pas aux playlists easy-listening du type « piano calme pour se détendre », ou d’autres qui jouent un répertoire mêlant musique très ancienne et contemporaine en mettant en avant les sonorités d’instruments traditionnels folkloriques polonais ou arméniens ou ce genre de choses (pour donner juste ici quelques exemples concrets du genre de musiques que je peux écouter et qui sont complètement dans l’angle mort de ceux qui ont pensé ce critère de « professionnalité »). Ces artistes sont souvent reconnus par leurs pairs et sont parfois même soutenus financièrement par certaines institutions culturelles de leurs pays qui supportent ce genre de musiques non-rentables, mais si ils arrivent à avoir ne serait-ce que quelques dizaines de fans sur Deezer, c’est déjà un exploit (il y a parfois certains albums que je suis carrément la seule à écouter) !

Donc personnellement je ne peux pas approuver ce premier critère de boost. Par contre à première vue j’étais plutôt très favorable en revanche au second critère, qui donne un boost aux écoutes résultant d’une recherche active de l’utilisateur, par opposition aux écoutes passives de playlists algorithmiques. Ça me semblait être une très bonne idée, sauf que maintenant à y regarder de plus près (le diable étant toujours dans les détails), j’ai comme un doute. Un gros doute. Je relis la présentation de ce critère dans les deux documents officiels de Deezer dont j’ai mis les liens au début de ce post, et je vois ceci :

« Les artistes sont rémunéré·es en fonction de la manière dont les utilisateur·ices écoutent leur musique. Ils·elles bénéficient directement d'un boost lorsque leurs chansons sont activement recherchées par leurs fans ou découvertes dans une playlist Deezer (non proposées par un algorithme). »

« Récompenser les contenus engageants – en attribuant un double bonus additionnel aux chansons qui génèrent un engagement actif des fans réduisant ainsi l’influence économique de la programmation algorithmique. »

Dans les deux versions, ça ne parle que « chansons » recherchées par les utilisateurs. J’espère que c’est là un simple raccourci de langage, car si ce boost ne fonctionne réellement que lorsqu’on recherche une chanson uniquement, c’est extrêmement restrictif, et ça va encore et toujours favoriser le même type d’utilisateurs et de contenus (typiquement les ados qui cherchent une chanson après en avoir découvert un extrait sur TikTok, ou des chansons entendues à la radio ou dans une série par exemple).
Personnellement j’écoute toujours des albums entiers, donc je ne cherche quasiment jamais une chanson particulière via le moteur de recherche, je cherche un album ou juste le nom de l’artiste puis j’accède à l’album voulu depuis sa page artiste (sans compter qu’il y a pas mal de problèmes dans le référencement de la musique classique sur Deezer, donc je dois parfois passer par des chemins détournés pour pouvoir arriver à trouver ce que je cherche), et si tout ça ne compte pas du tout comme recherche active, alors c’est franchement désespérant. Et quid des albums que je réécoute depuis ma bibliothèque car je les ai déjà aimés et mis en favoris, n’est-ce pas là aussi une belle preuve d’engagement actif ? Je voudrais vraiment avoir des précisions de Deezer sur ce critère, savoir plus concrètement dans quels cas de figure ce boost s’applique ou non.

Je ne comprends pas tellement non plus en quoi la découverte d’une chanson dans une playlist éditoriale de Deezer témoignerait d’un plus grand engagement de l’utilisateur comparé à sa découverte dans une playlist algorithmique basée sur ses favoris, mais par contre je vois bien en quoi ça donne aux équipes éditoriales de Deezer le pouvoir non seulement de donner de la visibilité mais aussi désormais celui de donner un boost financier direct aux artistes et labels qu’ils choisissent de mettre en avant. Mais bon pourquoi pas, après tout il y a beaucoup de gens qui ne savent pas trop quoi écouter et qui sont en attente de ce rôle prescriptif, et pour une fois qu’on a un discours qui privilégie les recommandations humaines plutôt que les recommandations algorithmiques, je ne vais certainement pas m’en plaindre (bien que je ne sache pas dans quelle mesure les choix éditoriaux de Deezer sont vraiment indépendants ou non, ou si ça peut se monétiser avec les labels).

Les deux autres mesures restantes qui complètent le nouveau modèle ACPS n’appellent pas de questions, explications, ni objections particulières, donc je serais bien plus brève :
- Lutter contre la fraude : évidemment qu’il faut le faire de toute urgence et par tous les moyens, car les faux streams sont un fléau qui ces dernières années a pris des proportions considérables.
- Démonétiser les « contenus non-musicaux » : c’est légitime aussi, à condition toutefois que l’élimination de ces contenus soit faite par Deezer avec discernement et n’affecte pas les vrais artistes de musique « ambient » et de « field-recording », qui existent par ailleurs (ce sont même des genres musicaux à part entières), et qui n’ont rien à voir avec les arnaqueurs qui inondent les plateformes de contenus génériques en espérant se faire du fric sur les playlists fonctionnelles du type « bruit blanc pour endormir bébé » ou ce genre de choses (fléau contre lequel il faut lutter maintenant, mais qui soit dit en passant n’existerait pas si les plateformes n’avaient pas elles-mêmes favorisé l’essor de ces playlists en premier lieu).

Ce post est déjà beaucoup trop long, mais pour terminer, à titre comparatif, je recommande à ceux que ce sujet intéresse de lire aussi ce document officiel de Spotify, détaillant (de façon beaucoup plus complète et explicative que Deezer, on aurait aimé avoir la même chose) les changements apportés aussi récemment à son propre système de paiement (changements annoncés fin 2023, et entrés en vigueur le 1 Avril 2024). C’est intéressant à lire, car on voit que les objectifs recherchés sont en bonne partie les mêmes que ceux de Deezer, mais les moyens retenus pour y parvenir sont différents :
https://artists.spotify.com/blog/modernizing-our-royalty-system

La plus grosse différence cependant, c’est que contrairement à Deezer qui a depuis longtemps souhaité remettre en cause le système du pot commun (plaidant d’abord pendant des années pour l’UCPS, puis se rabattant finalement sur l’ACPS), Spotify au contraire a toujours défendu bec et ongles ce système, arguant pendant longtemps que la seule chose qui comptait c’était de faire grossir la taille globale du gâteau, et que quand il y aurait plus d’abonnés le gâteau serait plus gros et donc tout le monde en profiterait, même les petits artistes ne touchant que des miettes car alors même ces miettes seraient plus grosses aussi. Du moins ça c’était le discours que Spotify tenait avant pour tenter de rassurer les petits artistes, mais maintenant finalement tout ça c’est fini, leur nouveau discours au contraire c’est que finalement toutes ces miettes qui se dispersent c’est du gâchis, et qu’il vaut mieux les ramasser pour aller les mettre dans l’assiette des gros artistes qui se goinfraient déjà des plus grosses parts du gâteau et qui ont certainement bien besoin encore d’un peu de rab’ ! En clair, désormais tous les morceaux qui ont moins de 1000 streams par an sur Spotify ne reçoivent plus aucune rémunération. Démonétisation totale, point barre (je me demande même comment c’est possible de faire ça légalement, mais en tout cas ils l’ont fait). Leur justification : ces morceaux généraient des micro-rémunérations tellement ridiculement faibles que de toute façon elles se perdaient dans les rouages du système et n’arrivaient même pas jusqu’à la poche des artistes. Certes (comme je l’avait déjà dit dans un post précédent lorsque cette mesure inique avait été annoncée), effectivement ça ne changera pas grand-chose concrètement pour tous ces petits artistes qui chacun individuellement n’avaient droit qu’à des fractions de centimes, sauf que si on additionne toutes ces fractions de centimes éparpillées au total ça fait un bien beau pactole que Spotify estime à environ 40 millions de dollars par an ! 40 millions de dollars de droits générés par les streams d’un nombre incalculable de petits artistes qui en seront spoliés et ne les toucheront pas = 40 millions de dollars supplémentaires qui seront remis dans le pot commun pour être redistribués entre les gros, très gros et moyens gros artistes qui se partagent le gâteau désormais exclusivement entre eux. Prendre aux pauvres pour donner aux riches, c’est Robin des Bois à l’envers !

Deezer heureusement n’a pas le même degré de cynisme, mais c’est quand même en ayant cette comparaison en tête que je parlais plus haut à propos de Deezer aussi d’une démonétisation partielle des petits streams d’un côté pour pouvoir donner des boosts d’un autre côté, car même si Deezer ne va pas du tout aussi loin dans le mépris des petits artistes et ne présente pas les choses de la même façon, je pense quand même qu’en fait c’est plus ou moins la même logique de vases communicants qui est à l’œuvre dans les deux cas avec ces mesures de réorientation des revenus vers les artistes considérés par les plateformes comme étant vraiment « professionnels » qui seraient les seuls méritant que leur musique soit rémunérée correctement.

Voilà, je voulais juste mentionner ça en conclusion pour dire aussi que, malgré toutes les doutes et réserves que j’ai pu émettre ici sur le nouveau modèle ACPS de Deezer (forcément décevant quand on a espéré et attendu la mise en place de l’UCPS pendant des années), au final je me réjouis et me félicite quand même fortement que Deezer lui au moins continue d’essayer d’aller dans la bonne direction, et ait pu faire passer au moins un petit zest d’UCPS dans son nouveau modèle.

Très belle explication, merci ! Je me retrouve totalement.

On aimerai effectivement beaucoup plus de clarté et de transparence sur ces sujets.

Simple utilisateur, je ne travail pas pour Deezer. Mais toujours heureux d'apporter mon aide et discuter musique
Tguillaume
Rockstar
Rockstar
July 15, 2024

Je relis le sujet initial, le lien vers le simulateur... ne mène pas au simulateur...

Le sujet initial était sur l’UCPS, abandonné depuis par Deezer, remplacé par lACPS comme expliqué très bien par @metelkovamesto 😉

Simple utilisateur, je ne travail pas pour Deezer. Mais toujours heureux d'apporter mon aide et discuter musique
jerome opus2
Rockstar
Rockstar
July 15, 2024

Merci d avance à l équipe Deezer de faire un nouveau topic clair à cecsujet

Besoin d'une réponse rapide? https://support.deezer.com/hc/fr/articles/115003864625-Contacter-Deezer ^_^ lui/lui, mais chacun doit rester libre de ses envies et de ses choix.... C'est mon opinion, et je la partage ^^
Nanouk C.
Super User
Super User
July 15, 2024

Merci @metelkovamesto  pour ces liens, et tout à fait d'accord avec cette analyse ! 

J'ai quand même trouvé dans un autre article une précision à propos de la phrase : "Les artistes sont rémunéré·es en fonction de la manière dont les utilisateur·ices écoutent leur musique. Ils·elles bénéficient directement d'un boost lorsque leurs chansons sont activement recherchées par leurs fans ou découvertes dans une playlist Deezer (non proposées par un algorithme)." Il est dit ici ( https://thebackstage-deezer.com/fr/musique/systeme-paiement-centre-artiste/ ) : "L’ACPS de Deezer privilégie également les streams actifs et va à l’encontre de la fraude algorithmique. En effet, les chansons que les utilisateur·ices découvrent de manière organique, ajoutent à leurs favoris ou incluent dans leurs playlists reçoivent un boost en parts de marché."  Il s'agirait donc des playlists non pas éditoriales, mais de toutes les playlists des utilisateurs. C'est mieux et plus juste !

Je me pose quand même une question... Si les streams des utilisateurs sont limités à 1000 par mois, comment sont-ils choisis pour les utilisateurs intensifs, qui passent plusieurs heures par jour à écouter de la musique sur Deezer… ? Au hasard, parmi tous leurs streams ? Arrêtés à la date où les 1000 sont atteints ? Car en faisant un petit calcul approximatif, 1000 divisé par 30 jours, cela revient à 33 titres par jour. Avec des titres d'une durée moyenne de 5 mn, cela équivaut à 2 à 3 h de musique. 
Exemple personnel, si je ne les atteins plus régulièrement maintenant, à une époque avec plus de temps libre, j'étais bien 5 à 6 h, avec une moyenne de 50-60 titres écoutés par jour... Et je réécoutais rarement les mêmes. Et écoute surtout des musiques “non mainstream”. Car je conclue quand même qu'il s'agit de 1000 streams toutes musiques confondues, car s'il s'agit du même titre, ça ne collerait pas avec ce qui est dit : "en moyenne un·e utilisateur·ice streame 600 fois". 600 fois la même chanson dans le mois, très peu d'utilisateurs le font, ce ne serait pas une moyenne… 

Pour l'autre seuil, celui des artistes, 1000 streams par mois et 500 auditeurs uniques... Il n'est pas indiqué si ce seuil est par titre, pour la rémunération de tel titre, ou pour l'ensemble de la production de l'artiste.

En tous cas, les explications de Deezer sur tout ce système manquent pour le moment de précision et de clarté…